La lutte contre le fascisme – Clara Zetkin (1923)
Thèse sur la nature et l’origine : Écrit dès 1923, ce texte voit le fascisme comme la punition du prolétariat pour n’avoir pas su faire la révolution après 1918. C’est une expression de la décomposition de l’économie capitaliste et de l’État bourgeois, attirant les masses déçues par le socialisme réformiste.
Arguments principaux :
- Base de masse : Contrairement à la simple « terreur blanche », le fascisme a une base sociale large (petits-bourgeois, anciens combattants, ouvriers désillusionnés).
- Incapacité de la démocratie : La démocratie libérale est impuissante car elle est organiquement liée au capitalisme qui nourrit le fascisme.
Moyen de lutte : Une lutte sur deux fronts : militaire et idéologique.
Il faut reconquérir les masses séduites par le fascisme en montrant que seul le socialisme offre une issue réelle à la misère, tout en organisant l’autodéfense ouvrière physique contre les bandes fascistes.
La nature du fascisme
Clara Zetkin pose la définition du fascisme en l’opposant à la terreur blanche de Horty en Hongrie. Malgré des méthodes sanguinaires similaires, cette dernière s’est installée après une victoire du prolétariat revolutionnaire et correspond à l’accession au pouvoir d’une petite caste féodale des officiers en guise de vengeance.
À l’inverse le fascisme s’impose face à la faiblesse et au renoncement du prolétariat incapable de poursuivre la révolution initiée en Russie. Il repose sur de larges couches sociales dont une partie du prolétariat et absolument pas sur une petite caste.
Zetkin explique :

L’origine du fascisme
Zetkin s’oppose à la lecture du développement du fascisme faite par la social-démocratie et en particulier Otto Bauer. Selon elle, ce dernier considère que la radicalité et la violence de la bourgeoisie sous la forme du fascisme est une réaction à la radicalité et à la violence révolutionnaire (la violence appelle la violence). D’autre part la dictature bolchevik agirait elle aussi comme un repoussoir favorisant la victoire du fascisme.
En terme le lutte antifasciste, toujours selon Zetkin, Otto Bauer préconise avant tout de ne pas provoquer la terreur bourgeoise et d’éviter donc les mobilisations trop combattives pour attendre que l’orage passe en tentant de grapiller quelques miettes de démocratie par-ci, par-là.
Zetkin construit alors sa réponse au fascisme en opposition à celle de Bauer.
« Le fascisme, malgré toutes ses rodomontades, est la conséquence de l’ébranlement et du déclin de l’économie capitaliste, et un symptôme de la décomposition de l’état bourgeois. »
Le fascisme sert d’espoir pour de larges couches sociales en voie de précarisation. La guerre a précipité une paupérisation déjà à l’œuvre avant ses débuts entraînant notamment la prolétarisation de petits et moyens bourgeois ainsi que des intellectuels devenant des recrues de choix pour la propagande impérialiste (favorable à la guerre) d’où une déception accrue quand celle-ci a aggravé leur situation. Zetkin dit tirer ces conclusions avant tout de la situation italienne.
Ces couches proletarisées, précédemment favorisées, modifient la physionomie de la lutte prolétarienne. Elles remplacent l’esprit combattif par un réformisme et l’espoir de changement par la démocratie. Cette politique s’est avérée être un échec en plus d’avoir désarmé le prolétariat. Les bourgeois déclassés ayant une formation théorique faible jette le bébé (le socialisme) avec l’eau du bain (le réformisme) entraînant à leur suite une partie du prolétariat aveugle à sa propre capacité à transformer le monde.
Les partis communistes par leur manque d’agressivité et / ou de communication vis-à-vis de leurs réserves ont aussi leur part de responsabilité.
Le fascisme a recueilli les déçus et laissé entendre qu’une entité interclassiste (la nation) était à même d’apporter le changement espéré en utilisant l’état comme instrument autoritaire au-dessus des partis et des classes sociales.
La conséquence est que dans le mouvement fasciste on trouve des prolétaires tiraillés par leur tendance révolutionnaire, qui se font alors réduire au silence par les réactionnaires. Et même si le fascisme (via ses cadres) doit « flirter » avec ces pulsions prolétariennes, il finit par revenir vers la bourgeoisie lorsque le prolétariat se ramollit.
De son côté, la bourgeoisie accepte cette force militante qui lui permet d’étendre l’oppression et l’exploitation du prolétariat. Or l’état manque de moyens donc la bourgeoisie utilise et alimente le fascisme.
Une partie importante du texte de Clara Zetkin porte sur le cas concret italien. La crise fait suite à la guerre puis la duplicité du socialisme tue dans l’œuf l’élan révolutionnaire du prolétariat s’exprimant par les occupations de terres et d’usines. Le fascisme extrêmement minoritaire et incohérent à ses débuts su tirer son épingle du jeu en s’attaquant à la fois en parole au gouvernement et en acte aux organisations ouvrières et agraires qu’il accusait de « diviser la nation », avec la bénédiction du patronat.
Le chef du gouvernement choisit alors d’intégrer les fascistes au gouvernement malgré leurs différends afin d’endiguer la progression du mouvement révolutionnaire.
En interne le mouvement fasciste se divisa entre la ligne republicaine de Mussolini et la ligne monarchiste dominée par les agrariens, tout en se constituant en parti.
Le parti fasciste a créé des corporations pour contrecarrer l’influence des organisations ouvrières. Ces corporations réunirent les patrons et les ouvriers. Certaines organisations patronales ont refusé l’intégration sans conséquence. En revanche toute organisation ouvrière autonome est réprimée violemment par les « squadre », les milices armées du parti.
Par la suite Zetkin fait une description détaillée des accomplissements politiques du fascisme italien. Elle montre qu’après avoir berné les masses avec ses beaux discours et brisé la résistance ouvrière par la violence le fascisme au pouvoir applique une politique totalement favorable à la bourgeoisie, augmentant l’exploitation du prolétariat.
Cependant cette trahison du fascisme suscite la division en son sein avec des protestations des franges prolétariennes précédemment acquises à sa cause.
La lutte contre le fascisme
« Nous ne le vaincrons pas par la seule voie militaire […] nous devons l’abattre aussi politiquement et idéologiquement. ».
Suite à son analyse du fascisme italien, Zetkin conclut ne faut pas voir le fascisme comme un bloc homogène mais comme fragmenté. Il faut alors lutter pour arracher non seulement les prolétaires mais aussi les paysans, petits et moyens bourgeois qui lui ont prêté allégeance.
Cependant la déliquescence idéologique et politique du fascisme n’est pas une déliquescence militaire. Le fascisme peut et va très probablement se défendre violemment face à sa contestation.
Il ne faut donc pas rester passif mais participer activement à son déclin et se préparer à une lutte armée.
La lutte contre le fascisme s’organise autour de deux axes, l’une idéologique et politique et l’autre militaire. « À la violence il faut répondre par la violence ! » mais pas via le terrorisme individuel, par la lutte révolutionnaire.
Cette autoprotection prolétarienne doit transcender les partis au sein d’un front uni prolétarien. Celui-ci fait d’autant plus sens, notamment aux yeux des prolétaires, car les fascistes répriment leurs protestations indépendamment de leurs couleurs politiques.