Néolithique

Le Néolithique est une période historique qu’on définit à partir de l’apparition de l’agriculture, de la poterie (céramique) et la généralisation d’un mode de vie sédentaire. Cette période doit aussi son nom au développement de la pierre polie, Néo signifiant nouveau et « lithique » fait référence à la matière minérale. On arrête arbitrairement la période néolithique avec la préhistoire c’est-à-dire lorsque l’écriture a été inventée vers 4500 avant Jésus-Christ en Mésopotamie.

On situe les débuts du néolithique environ en 12 000 avant JC au Proche-Orient, dans ce qu’on appelle le « Croissant Fertile ». Cette date correspond à la fin de la dernière période glaciaire. Le climat se réchauffe pour atteindre à peu près le niveau qu’on connaît actuellement. Les glaciers qui recouvraient le nord de l’Europe fondent libérant une grande quantité d’eau. Le niveau de la mer monte d’une centaine de mètres. Les espèces endémiques changent. Les forêts grandissent et les steppes reculent. Les rennes disparaissent alors que les cerfs et les sangliers reprennent possession de l’Europe continentale. C’est probablement ces changements climatiques qui favorisent l’agriculture notamment parce que le climat est alors bien plus adapté aux céréales.

Précisons d’emblée, les chercheurs rechignent de plus en plus à parler de révolution[1] étant donné que l’agriculture s’est imposée sur le temps long. Le sédentarisme la précède parfois, parfois la suit (certains chasseurs-cueilleurs étant sédentaires) là aussi avec des périodes transitoires chimériques – par exemple sédentarité pendant une période de l’année puis nomadisme une autre. Cependant les conséquences à terme de la néolithisation demeurent considérables : augmentation de la production entrainant une croissance démographique, une accentuation de la division du travail et l’apparition de professions nouvelles – artisanales ou administratives – dont les acteurs peuvent être entretenus grâce aux excédents, apparition progressives d’armées professionnelles et de conflits guerriers de plus en plus meurtriers… Au final la néolithisation sert de socle à l’émergence de la propriété privée, des états et des nations bien qu’on puisse trouver des racines à ces formes sociales même dans les sociétés de chasseurs cueilleurs.

Ajoutons que la néolithisation n’a pas débuté au même moment partout et ne s’est pas organisée au même rythme et s’est diffusée de différentes manières. On distingue un nombre limité de foyer de domestication, c’est-à-dire de lieux où l’agriculture aurait réellement été inventée indépendamment : le croissant fertile, l’asie de l’est (peut-être 2 foyers), l’amérique centrale. Les autres régions du monde ont été contaminée par ce mode de vie du fait de l’expansion des sociétés néolithiques.

Première domestication c’est le chien, par des sociétés de chasseurs-cueilleurs. Dès -25 000. La cuisson de l’argile existe depuis -25 000 en Tchéquie[2] aussi mais pour faire des figurine. Pas de maîtrise suffisante pour réaliser des récipients.

Premières « maisons » les huttes en ossements de mammouths en Ukraine[2] vers -25 000. Une possible sédentarité de chasseurs-cueilleurs. Au Japon en -15 000 maisons en bois, en Sibérie il y a 8 000 ans avec des cimetières. Dans ces deux derniers cas à côté de la mer ou de fleuves. Les ressources aquatiques étant plus stable au long de l’année peut-être favorisent-elles la sédentarité. Idem pour l’abondance du gibier comme en Ukraine. Par contre, cette abondance rend la domestication accessoire.

Vers 12 000 avant JC de plus en plus de traces de sédentarité au Proche-Orient.[2] Possible par l’abondance des ressources. Notamment cueillette de blé et orge sauvage, faucille avec lame en silex, meules et silos existent avant qu’on puisse réellement parler d’agriculture. Comme dirait Yuval Noah Harari, il semble que ce soit davantage le blé qui ait domestiqué l’humain que l’inverse[3].

Première traces d’agriculture entre -10 000 et -9000. On parle d’agriculture quand l’humain élabore une sélection des espèces dans son environnement sans nécessairement planter directement les graines. Par exemple en brûlant les espèces indésirées[2][3].

Le mouton et la chèvre ont d’abord été domestiqués puis le sanglier et l’auroch plus dangereux qui donneront respectivement le cochon et la vache[2]. Après -9000 la taille des villages augmentent jusqu’à faire plusieurs hectares et abriter quelques centaines d’habitants. Les maisons rondes deviennent des quadrilatères. De plus en plus de représentations artistiques d’humain, pouvant parfois atteindre plusieurs mètres. Récupération et décorations de parties du squelette après la mort.

Vers -7000 ces sociétés vivent majoritairement d’élevage et d’agriculture. Des murailles en pierre sont parfois construites autour de ces villages. Invention de la poterie au Proche-Orient en -6500. Elle permet de nombreuses formes et des décorations faciles. Un peu plus tard les villages se font plus épars. En même temps le néolithique gagne de nouveaux territoires assez rapidement.

« L’analyse de ces œuvres renseigne également sur l’organisation sociale et la vie quotidienne. Lorsqu’au Néolithique, les rapports sociaux se complexifient, la sédentarité, l’agriculture et l’élevage se développent. « De nouveaux thèmes apparaissent alors sur les fresques, comme la chasse ou la récolte de miel. En Méditerranée occidentale, on observe l’existence d’un fond commun, de thèmes et de symboles qui se répètent : les anthropomorphes schématisés sont les plus représentés », explique Esther López-Montalvo, archéologue, spécialiste de l’art néolithique au laboratoire Traces.

L’art néolithique levantin est en rupture totale avec les traditions graphiques antérieures par sa forte composante naturaliste et narrative. La chasse et la virilité sont sublimées, « les artistes représentent des activités à valeur sociale importante », imagine ainsi Esther López-Montalvo.

[…]

« La femme est souvent représentée isolée dans les panneaux de l’art levantin, elle ne participe pas aux activités masculines », ajoute Esther López-Montalvo. L’art néolithique nous montre déjà une répartition sexuée des tâches dans ces sociétés. L’artiste serait-il alors un homme ? La violence exprimée dans ses œuvres, des scènes de guerre, d’exécution, révèle une organisation sociale complexe et des conflits politiques. « Cet art devient presque une source historique. Il s’approche au plus près de la société », estime-t-elle.

Mais à défaut de preuves matérielles, l’interprétation de l’art préhistorique relève parfois d’illusions rétrospectives. Elle se calque d’ailleurs souvent sur notre façon moderne de voir l’art.[3] »

Les premières villes et cités-états seraient sans doute la cause de cul-de-sac environnementaux en Égypte et en Mésopotamie où les sociétés néolithiques du Levant sont allées se concentrer sans pouvoir en ressortir. En Égypte dans ces cités-états et jusqu’à l’époque pharaonique les animaux d’élevage étaient enterrés[2].

L’explosion des inégalités se manifeste d’abord par des pratiques funéraires. Les mégalithes sur la côte Atlantique et de l’orfèvrerie dans les tombes dans les Balkans. Pour la première fois on trouve des traces de cérémonies non-funéraires comme des sacrifices animaliers. Mais vers le 4ème millénaire avant JC ces pratiques s’estompent, le nombres de personnes dans les tombeaux augmentent.

En Asie le Néolithique commence par la poterie vers 10 000 avant JC. Riziculture et culture du millet à partir de -7000 / -6500. Même pratique des fosses comme silo.

C’est une conjonction de facteurs qui expliquent la néolithisation étant donné que plusieurs sociétés de chasseurs cueilleurs connaissaient les plantes et les mêmes animaux que les sociétés néolithiques sans pour autant s’être engagées dans ce processus. Néanmoins, les sociétés néolithiques s’accompagnent à terme de différenciation sociale, d’urbanisation et de croissance démographique entraînant la colonisation de nouveaux territoires et l’assimilation de nouvelles sociétés. Certaines sociétés de chasseurs-cueilleurs sont repoussées dans des environnements défavorables. Certaines parviennent malgré tout à coexister avec des sociétés d’agriculteurs, notamment au Japon. Et dans de rares cas des sociétés pratiquant l’agriculture reviennent à un mode de vie de chasse et de cueillette.

[1] David Wengrow et David Graeber, Au commencement était…

[2] Jean-Paul Demoule, La révolution néolithique, 2008, édition Le Pommier

[3] Yuval Noah Harari, Sapiens

[4] Léa Galanopoulo, « Qui fut le premier artiste ? », CNRS le journal